Fiabilité des « nouvelles » méthodes d’identification des scripteurs : méthodologie et évaluation
Résumé. Pour évaluer la fiabilité des « nouvelles » méthodes d’identification des scripteurs fondées sur l’analyse d’image par ordinateur, nous proposons d’élaborer une méthodologie de comparaison et de confronter les résultats des ordinateurs aux études majeures sur les scriptoria médiévaux en France.
Après vingt ans de recherche pour l’identification par ordinateur des scripteurs anciens et médiévaux, la paléographie latine peut-elle réellement utiliser l’analyse d’image de façon sûre pour reconnaître les mains ? Les progrès depuis le début des années 2010 sont grands et les études ont porté, par ex., aussi bien sur la Genizah du Caire, les chancelleries du Nord de la France à la Hollande, ou les copistes dans les papyri grecs. Pourtant, des défis se posent encore aux paléographes, tant pratiques que méthodologiques (ampleur du « pre-processing » qui peut biaiser l’analyse, opacité des processus et absence de correspondance graphique, écueil classificatoire). Surtout, chaque nouveau développement technique et chaque nouvelle enquête historique élaborent conjointement observation, heuristique et commentaires, en motivant ce processus par une « aide à la décision » intégrant un human in the loop. Autant cela s’avérait nécessaire dans les années 2010, autant c’est une insuffisance méthodologique qui peut aujourd’hui nourrir le soupçon contre les méthodes numériques.
La présente communication propose de s’attaquer précisément à ce problème de méthodologie en rendant directement comparables les conclusions de cinq études paléographiques fondamentales – et « traditionnelles » – portant sur des scriptoria de l’espace français, attribuant les manuscrits à des mains ou à des abbatiats, et celles de deux systèmes d’analyse d’image par ordinateur pour l’identification de scribes, ainsi que de deux systèmes de classification (l’attribution à une même main est une étape distincte de l’analyse d’image stricto sensu). Les études choisies sont celles portant sur les scriptoria d’Angers (J. Vezin), de Corbie (D. Ganz), Cluny (M.-C. Garand puis H. Atsma et J. Vezin), Moissac (J. Dufour), Saint-Amand (F. Simeray). Comme nous l’avons proposé pour les études sur les chancelleries pontificale et royale française, nous traduirons les observations des paléographes « traditionnels » en des tables de concordance entre (zones d’) images numérisées avec les attributions proposées puis nous ferons analyser et classer ces images par des ordinateurs pour pouvoir comparer les résultats.
L’enjeu est de démontrer que les ordinateurs peuvent correctement distinguer les productions des scribes, y compris dans des ensembles parfois très homogènes comme ceux des scriptoria monastiques. Il appartiendra ensuite à d’autres études de définir paléographiquement les critères appris par l’intelligence artificielle pour parvenir à ces résultats. Cette communication sera aussi accompagnée de la mise à disposition des codes utilisés pour permettre une réutilisation immédiate et sans savoir informatique préalable par la communauté paléographique.