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Barret, Sébastien, IRHT-CNRS

Qu’est-ce qu’identifier un scribe en diplomatique ?

Abstract. This paper will focus on the specifics of scribe identification for diplomatic material, and will reflect on the implications of such an endeavour: do we reach persons or groups, what is the role of the observer in the construction of the observed object?

La production diplomatique et son étude entretiennent un rapport spécifique au scribe. Ceci a plusieurs explications. Tout d’abord, le fait que les contextes de production sont radicalement différents ; mais, première difficulté, il arrive fréquemment que le personnel concerné soit le même, et que le modèle théorique de la chancellerie ou du bureau, supposément opposé à celui du scriptorium, se confonde avec ce dernier. Ce premier point en entraîne d’autres, ainsi le fait que les actes sont souscrits, de manière nettement plus systématique que les livres ne sont dotés de colophons ; mais, autre difficulté, cette souscription peut être d’interprétation très délicate, et refléter l’écriture effective du document, sa simple composition, ou encore ce que l’on pourrait désigner comme une « prise de responsabilité » dans son établissement. Ceci implique encore une dimension supplémentaire : le scripteur et l’auteur ou compositeur du texte peuvent être la même personne, la composition en question pouvant être très étroitement encadrée par des formulaires plus ou moins nettement définis.

Tout ceci forme un contexte d’étude un peu paradoxal : d’un côté, il est bien balisé, puisqu’il peut associer un texte écrit, souvent une date et couramment une souscription ; mais ces balises sont moins fermes qu’on pourrait l’espérer. Ce contexte peut entraîner des ambiguïtés ; ainsi, il arrive que l’on parle des scribes d’actes sans véritablement distinguer la rédaction de la mise par écrit. La contrepartie positive est que les angles d’approche s’en retrouvent multipliés, ainsi, l’on peut parfois aborder la question du scripteur par celle des formules utilisées par le document. Il faut ajouter à tout cela que les complexités « habituelles » de l’identification des mains sont bien sûr présentes ; et qu’il faut y compter des domaines qui relèvent de la diplomatique mais pas de celui des actes, ainsi, la documentation de gestion et de comptabilité.

La communication se propose de donner un panorama de ce complexe et de ses implications méthodologiques ; elle tâchera de s’interroger quant à ce qu’implique d’identifier une main ou un scripteur. Le premier des deux termes est à cet égard tant traditionnel que révélateur dans sa judicieuse prudence ; par l’écriture et/ou la rédaction, accède-t-on à des personnes, à des groupes, dans quelle mesure sont-ils postulés, voire potentiellement créés par l’observateur ?